Proust – Gabriella Cserhati / GK

Un téléphone portable « perdu » dans la rue, trouvé par le spectateur. Un téléphone en ébullition, sollicitant attention et réaction. Un téléphone contenant une vie entière, sms, mails, photos, notes. Un téléphone dévoilant l’identité de son propriétaire, une rencontre indirecte.
Un parcours solitaire en ville, à la recherche de celui à qui le téléphone appartient. Le spectateur est guidé au téléphone (par un proche du personnage) pour tenter de le retrouver. Un parcours qui dévoile un autre visage de ce personnage à travers ses habitudes intimes dans cette ville.
Retrouvé dans un café, identifié grâce à ses photos dans son téléphone. Un tête à tête entre le spectateur et le personnage. Une messagerie pleine à craquer qui crée le lien. Le personnage se retrouve dans la situation où il ne peut faire autrement que de demander à cet inconnu (le spectateur) d’écouter son répondeur surchargé de messages. Une forme d’intimité.
Pourquoi ?
La connexion, les smartphones, internet, les réseaux sociaux prennent une place particulière dans notre vie quotidienne. Nous vivons dans une période où leur présence est répandue et ce qui a été inventé pour des raisons pratiques et de confort, dépasse l’utile pour devenir indispensable. Les posséder, les utiliser devient la règle, la norme, la rapidité et l’ampleur de leur développement ne nous ont paradoxalement pas permis d’établir les codes sociétaux pour leurs usages quotidiens (public et privé).
Seuls les phénomènes de transgression sont observables, sous différentes déclinaisons. D’un côté, une légère aliénation des rapports humains : difficultés pour l’individu de se concentrer, de communiquer directement avec autrui. De l’autre, un rapport addictif et dépendant à la connexion, à l’hyperconnectivité.
La nécessité d’être disposé à répondre dans l’immédiat s’impose, ou nous donne l’impression de s’imposer. La communication indirecte prend le pas sur la rencontre indirecte.
Une envie de questionner la question et non d’y trouver une réponse.